Il y a ceux auxquels il arrive des choses dramatiques et il y a ceux dont les mésaventures font rire .... On se demande bien pourquoi.
Sandrine, elle, a plutôt de la chance dans l'ensemble : c'est une jolie fille plutôt intelligente, elle a une fille de 14 ans en pleine santé et qui ne pose pas de problème, un mari bricoleur, une jolie maison, une mère attentive mais pas envahissante, un boulot qui lui plaît, pas trop mal payé, avec en prime une bonne ambiance.... Que demander de plus ?
Rien si ce n'est peut-être qu'un peu moins de poisse ... et encore, tant qu'il n'arrive rien de dramatique ça met du piment dans la vie et ça permet d'avoir toujours une histoire drôle et véridique à raconter dans les soirées entre amis. Quand on appelle Sandrine on peut commencer par « alors quoi de neuf ? » en étant sûr qu'il y aura effectivement du neuf.
Je vous raconterai ses histoires de temps en temps, quand il y aura du neuf. Mais pour faire connaissance avec elle, je peux commencer par vous raconter son dernier voyage.
Son patron, super sympa, invite tout le personnel à un week end de 3 jours pour faire du ski en Italie. Chouette, ça va permettre de décompresser, de voir du pays et de s'éclater avec les collègues avec qui on se marre bien. Ils attendent tous fébrilement le jour J qui arrive enfin. Ils partent à 17 et se donnent rendez vous à la gare de Lyon. Le train arrive avec une heure et demi de retard, mais jusque là rien d'anormal, le contraire eut été inquiétant même. Le jour où la SNCF tournera rond c'est que la terre tournera dans l'autre sens. Eh oui ! Sandrine est très philosophe à ses heures.
Tout le monde est installé confortablement dans le train, tout se passe bien. Arrivé à la frontière italienne, les contrôleurs changent et ceux là ne parlent pas français, évidemment.
1er hic, la gare où ils devaient descendre n'a pas été annoncée ou bien ils n'ont pas compris ou bien ils n'ont pas entendu (sur 17 personnes ça fait beaucoup de sourds ou de mal comprenant mais bon ... admettons ! après tout quand on part en vacances en général on est pas toujours très frais.) Par chance une des collègues parle à peu près italien et le fait est qu'ils ont bien raté leur gare. Les Italiens, toujours serviables, surtout avec les blondes, (vous ai-je dis que Sandrine était blonde ?) arrêtent le TGV exprès pour eux et les descendent à la première station venue. Ils attendent presque une heure sur un quai désert où ils ne voient que quelques chats dont ils se demandent pour passer le temps lequel va se faire écraser par le train. Il commencent sérieusement à geler quand enfin un train arrive et les emmène à la station qu'ils avaient ratée. Là un car les attend pour les emmener au club méditerrané de Sestrières.
La collègue qui parle à peu près italien demande au chauffeur s'il y a de la neige. Non il n'y a pas de neige car il n'a pas neigé depuis décembre 2006.
Ils n'ont pas fait 5 kilomètres que devinez quoi ... il se met à neiger. Si ça ce n'est pas de la chance !
Mais ils sont sur une route de montagne dans un car pas très adapté à la neige et en prime avec un chauffeur italien. Non, ceux qui disent que les italiens sont des chauffards ne sont pas de mauvaises langues, c'est simplement qu'ils se demandent comment ils sont revenus vivant d'Italie.
Bref, Sandrine est assise à l'arrière du car avec une collègue et ne la ramène pas large quand elle voit la façon de conduire des italiens. En fait il vaut mieux éviter de parler au chauffeur...mais ça ne change pas grand-chose et en plus il continue à parler tout seul. Il fait nuit, il neige, la visibilité est de plus en plus mauvaise et la route glisse de plus en plus. Le car fait une embardée et casse des poteaux qui sont sur le côté gauche de la route. Il a le coté un peu abîmé mais le chauffeur ne s'arrête pas pour si peu et continue son chemin vaillamment. Il continue à faire quelques écarts mais le talent du pilote fait qu'il finit par trouver un appui sur la barrière de sécurité. Et voilà le car qui fait les 5 km restants en roulant en crabe avec le cul qui glisse sur la rambarde. Sandrine qui est assise à l'arrière remercie le ciel qu'il fasse nuit et qu'elle ne voit pas bien le ravin qui défile quasiment sous ses fesses. C'est curieux mais personne ne se demande pourquoi Sandrine, qui d'habitude est le boute-en-train de la bande, ne dit rien.
Après un voyage qui leur a semblé une éternité, et qui d'ailleurs aurait pu les emmener vers l'éternité, ils arrivent enfin au club med.
Ils sont heureux d'être en vie et ils vont pouvoir boire une boisson chaude et se remplir l'estomac dans une ambiance chaude et feutrée, sécurisante.
Seulement il est minuit passé et les employés du club med avaient autre chose à faire que d'attendre un car qui avait de bonnes chances de finir au fond d'un ravin. Les cuisines sont donc fermées. Nos 17 compères gardent le moral, car après tout ils en ont vu d'autres, et vont en ville pour trouver un restaurant accueillant. Ils se remplissent l'estomac et finissent au lit pour un repos réparateur afin de pouvoir dès le lendemain se lancer sur les pistes et profiter à fond de cette neige qui a failli les envoyer ad patres.
Le lendemain, il neige tellement qu'ils ne peuvent pas skier. Non ? Sans blagues ? Ça vous étonne ? Quand vous connaîtrez mieux Sandrine ça ne vous étonnera plus.
Les 3 jours passent en n'ayant presque pas fait de ski mais ils se sont quand même éclatés.
Contre toute attente et au risque de vous décevoir le retour se passe normalement et sans histoire. Ils ont juste failli rater leur train qui était prévu pour 11h30. Ils sont pourtant arrivés à 11h15 mais à 11h20 ils entendent une annonce concernant leur train. La collègue bilingue leur dit que le train aura 10 mn de retard. Ils s'en vont donc prendre un café mais en fait ils se rendent compte que le train avait plutôt 10 minutes d'avance. Ils ont du courir pour ne pas le rater.
Enfin bref à part ça tout s'est bien passé. Ah si ! Juste un détail ! Ils sont arrivés à la gare du Nord le mardi soir vers 17 heures. C'était le 27 mars. Sur le coup ils ont trouvé qu'il y avait beaucoup de monde puis ils ont vu que les gens soit étaient excités et vociféraient des choses incompréhensibles soit rasaient les murs avec un air terrorisé. Ils étaient sans arrêt bousculés et Sandrine avait le plus grand mal à garder sa valise sur ses roulettes. Ils ont compris que quelque chose n'allait pas quand ils ont vu une foule bigarrée courir vers eux et des uniformes de la Police derrière. Il s'en est fallu de peu, à un quart d'heure près ils étaient bloqués dans la gare jusqu'au milieu de la nuit. Mais en rasant les murs et en naviguant à contre courant ils ont pu atteindre la sortie en se cachant de temps en temps dans des boutiques qui n'avaient pas encore compris qu'il valait mieux baisser le rideau.
Ce n'est qu'une fois de retour dans sa campagne tranquille qu'elle réalise ce qui lui est arrivé.
Encore une histoire à raconter aux copains .... Décidément ils vont finir par croire qu'elle les invente.

